« Avec les hôpitaux de proximité, nous évitons probablement 100 voire 150 transferts à Cayenne pour une simple radio »

Vous avez encadré la thèse du Dr Marie-Eva Miomandre consacrée aux évacuations sanitaires depuis les communes isolées de Guyane vers les urgences de Cayenne. Pourquoi avoir entrepris ce travail ?
Nous avions finalement assez peu de chiffres sur les patients envoyés depuis les CDPS vers les urgences de Cayenne. Nous souhaitions avoir un panorama des patients adressés aux urgences : quel était le volume de patients transférés, pour quels motifs, avec quels diagnostics, comment ils arrivaient, s’ils étaient hospitalisés ou non, quels examens étaient réalisés, etc.
L’objectif était aussi d’évaluer, a posteriori, la pertinence de ces transferts. Est-ce que tous les moyens mobilisés pour faire venir ces patients jusqu’à Cayenne, comme l’hélicoptère, étaient justifiés ? Est-ce qu’on pouvait améliorer le circuit et mettre en place certaines choses dans les les CDPS pour éviter, lorsque c’était possible, un transfert jusqu’à l’hôpital de Cayenne ? C’était donc à la fois un travail de volumétrie, d’évaluation des besoins et une réflexion sur la pertinence des évacuations sanitaires.
Vous aviez le sentiment, notamment au Samu, qu’un certain nombre de ces transferts auraient pu être évités ?
Oui. Au Samu, on avait l’impression de réaliser beaucoup de transferts qui, a posteriori, n’étaient pas forcément nécessaires. Après application des critères d’exclusion, nous avons analysé 842 dossiers. Nous avons regardé ce qui avait été fait : s’il y avait hospitalisation ou non, quels examens avaient été réalisés, quel était le diagnostic, etc. Cela nous a permis d’avoir une vision assez précise sur une année complète de la situation et notamment d’identifier les transferts qui auraient potentiellement pu être évités avec des moyens diagnostiques disponibles dans les communes isolées.
Votre étude a notamment mis en évidence l’importance de la traumatologie…
La traumatologie représentait quasiment un tiers des transferts. Sur les 842 patients étudiés, nous avions précisément 237 patients adressés par les CDPS pour ce motif. Et parmi ces patients, environ 40 % ont finalement été renvoyés directement chez eux après leur passage aux urgences. Cela signifiait qu'une partie importante de ces patients avait essentiellement besoin d’une simple radiographie. Ils avaient parfois été transférés jusqu’à Cayenne, éventuellement en hélicoptère, pour finalement réaliser une radiographie puis rentrer à domicile. On pouvait donc estimer qu’une centaine de transferts en 2019 auraient potentiellement pu être évités si une radiographie avait été disponible directement dans les structures de proximité.
C’est justement dans ce contexte qu’ont été développés les hôpitaux de proximité de Maripasoula, Grand-Santi et Saint-Georges, avec notamment la biologie et la radiologie ?
Oui. Le travail a été réalisé avant la création des hôpitaux de proximité et avant la mise en place de la radiologie et de la biologie dans les trois structures concernées. L’étude a donc constitué, en quelque sorte, une pierre fondatrice dans l’édifice. Elle permettait d’objectiver les besoins et de montrer que
les projets en cours avaient du sens. On retrouvait notamment dans nos résultats l’importance de disposer de radiographies et de biologie sur place.
Avez-vous pu mesurer depuis l’impact de ces nouveaux équipements sur le nombre de transferts ?
Nous n’avons pas refait une étude aussi complète. Mais, au niveau du SAMU, nous n’avons pas constaté de diminution globale de notre activité. Nous réalisons toujours autant de transferts, voire davantage. Il faut tenir compte de l’augmentation de la population dans certaines communes et de la montée en charge des hôpitaux de proximité. En revanche, nous avons vraiment le sentiment que les transferts pour obtenir simplement un avis spécialisé, une radiographie ou une biologie ont fortement diminué. Aujourd’hui, lorsqu’un patient de traumatologie est envoyé aux urgences depuis un CDPS, c’est parce qu’il nécessite réellement une prise en charge chirurgicale. La radiographie a été réalisée dans la structure de proximité et l’orthopédiste a pu l’analyser avant de décider : « Oui, vous me l’envoyez, je vais l’opérer. » On a probablement évité une centaine, voire 150 retours à domicile qui étaient auparavant réalisés après un transfert à Cayenne pour une radiographie dans le cadre d’un traumatisme.
La présence d’urgentistes dans les hôpitaux de proximité a-t-elle également changé les choses ?
Oui. La présence d’un urgentiste à Maripasoula n’a pas diminué le nombre de transferts, mais elle a complètement sécurisé les équipes sur place. Les soignants nous disent qu’ils sont beaucoup plus à l’aise pour prendre en charge les urgences vitales. Lorsqu’un patient grave arrive à Maripasoula, il peut désormais être pris en charge immédiatement par un urgentiste. On a donc clairement amélioré la prise en charge des urgences vitales qui se présentent sur place.

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