Des taux de plomb élevés chez une majorité de patients dialysés

Dans quelles circonstances avez-vous été amené à vous intéresser aux taux de plomb chez les patients traités par dialyse à Saint-Laurent-du-Maroni ?
Dans le cadre du suivi classique de nos patients dialysés, nous réalisons régulièrement différents bilans biologiques. Dans le bilan annuel, on réalise notamment un dosage de certains métaux lourds, principalement le plomb et l’aluminium. D’autres paramètres sont également surveillés, comme la vitamine C ou le magnésium. C’est dans ce cadre que j’ai été interpellé par les résultats de certains de mes patients. J’ai constaté qu’une proportion importante de patients présentait des taux de plomb relativement élevés.
C’est-à-dire ?
Chez certains de nos patients, les concentrations étaient supérieures au seuil de 85 μg/L retenu dans l’étude pour définir une plombémie élevée. Cela m’a interpellé, car aucun des patients inclus n’avait d’exposition professionnelle documentée au plomb. Nous sommes effectivement dans un territoire où l’exposition environnementale et alimentaire au plomb est particulièrement importante. La question était donc de savoir si ces concentrations élevées pouvaient être associées à certaines caractéristiques cliniques ou biologiques chez les patients dialysés.
C’est ce que vous avez cherché à étudier dans ce travail ?
Oui. L’objectif était de décrire le profil clinique et biologique des patients en hémodialyse chronique et d’identifier les facteurs associés à une plombémie élevée. Nous avons réalisé une étude transversale auprès de 65 patients du CHU de Guyane – site de Saint-Laurent-du-Maroni. Les patients dialysés constituent une population particulière, car la diminution de l’excrétion rénale et la faible élimination des métaux lourds par la dialyse peuvent favoriser leur accumulation. Nous avons donc étudié les liens possibles entre la plombémie, les paramètres cliniques, biologiques et ceux liés à la dialyse, notamment la fonction rénale résiduelle.
Quelles associations avez-vous retrouvées ?
Le premier résultat est que 35 patients sur 65, soit 54 %, avaient une plombémie supérieure à 85 μg/L, avec une concentration médiane de 120 μg/L dans ce groupe. Les patients ayant une plombémie élevée étaient en moyenne plus âgés et avaient une diurèse résiduelle nettement plus faible. En revanche, la durée de dialyse, l’adéquation de la dialyse et la dose d’agents stimulant l’érythropoïèse n’étaient pas indépendamment associées à une plombémie élevée. L’analyse multivariée retrouvait surtout des associations avec l’âge, le sexe, ainsi qu’avec plusieurs paramètres biologiques, notamment l’albumine, les protéines totales et le phosphate.
Vous avez également retrouvé une association avec des paramètres nutritionnels et avec la fonction rénale résiduelle…
Oui. Les résultats suggèrent un lien entre plombémie élevée et certains marqueurs biologiques de l’état nutritionnel. Il faut cependant les interpréter avec prudence, car les associations observées ne sont pas toutes univoques et certaines diffèrent entre les analyses simples et l’analyse multivariée. S’agissant de la fonction rénale résiduelle, c’est un résultat particulièrement intéressant : les patients ayant une plombémie élevée avaient une diurèse résiduelle moyenne beaucoup plus faible, 141 contre 398 mL/24 heures chez les patients ayant une plombémie inférieure ou égale à 85 μg/L. Or la fonction rénale résiduelle joue un rôle important dans l’élimination de certaines substances et dans la qualité de vie des patients dialysés.
Est-ce que ces résultats permettent de dire que le plomb est responsable de ces différences ?
Non. À ce stade, on ne peut pas parler de causalité. Notre étude met en évidence des associations statistiques dans une population de 65 patients, à un moment donné. Elle permet donc de faire un premier constat et d’émettre des hypothèses, mais elle ne permet pas d’affirmer que le plomb est directement responsable de la diminution de la fonction rénale résiduelle ou des différences observées sur les paramètres nutritionnels. Il faudrait maintenant réaliser des études plus importantes, idéalement multicentriques et longitudinales, avec une évaluation plus précise des sources d’exposition, notamment environnementales, alimentaires et éventuellement liées à l’eau de dialyse, afin de mieux comprendre ces associations et d’évaluer les moyens de réduire l’exposition au plomb.
Vous pouvez retrouver ses autres recherches en cliquant sur les liens suivants :
- http://researchgate.net/profile/Makembi-Arriel 2
- https://scholar.google.com/citations?user=IwKGer8AAAAJ&hl=fr
- https://orcid.org/0000-0001-9651-437X
- https://loop.frontiersin.org/people/2519833/overview



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