Histoplasmose : comment l’accès au diagnostic a été facilité


La Lettre Recherche a eu plusieurs fois l’occasion de vous relater comment la CHU de Guyane est devenu un des spécialistes mondiaux del’histoplasmose, principale infection opportuniste et principale cause de décès chez les personnes vivant avec le VIH en Amérique latine. En avril 2020, deux de ses chercheurs – les Pr Antoine Adenis et Mathieu Nacher, ont contribué à la publication des premières recommandations de l’Organisation mondiale de lasanté (OMS) sur le diagnostic et la prise en charge de l’histoplasmose disséminée chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH).
Au mois d’août 2026, plusieurs de ses chercheurs ont publié l’article principal de l’étude Ediraphis, dans l’International Journal of Infectious Diseases. Cette recherche approfondie, menée de 2013 à 2015 en Guyane et au Suriname, a fait avancer les connaissances sur deux aspects :
- Elle a révélé au Suriname l’existence et le poids de l’histoplasmose sur son territoire ;
- Elle a démontré l’intérêt d’outils diagnostiques simples à utiliser et faciles d’accès pour confirmer les cas d’histoplasmose.
Elle a aussi permis au CHU de Guyane de nouer des partenariats sur ce sujet à l’international.
Jusqu’en 2013, le principal diagnostic de l’histoplasmose était clinique et/ou microbiologique avec la recherche d’Histoplasma, le champignon responsable de l’infection. Le diagnostic clinique est donc très lié à l’expertise du médecin et peut facilement entraîner une confusion avec d’autres infections comme la tuberculose. Quant à la recherche mycologique, elle n’est pas systématique mais réalisée à la demande du médecin. Le Suriname, pour sa part, n’avait quasiment décrit aucun cas d’histoplasmose disséminée chez les PVVIH, à cette date.
Les chercheurs du CHU de Guyane ont souhaité vérifier l’intérêt de réaliser des tests antigéniques pour améliorer ce diagnostic. Ils ont été proposés systématiquement aux patients vivant avec le VIH hospitalisés dans trois hôpitaux du Suriname et deux de Guyane, entre 2013 et 2015.
Au total, 478 patients ont été testés. Les résultats ont révélé que la fréquence de l’histoplasmose était aussi élevée au Suriname (23,2 % des patients) qu’en Guyane (19,3 %). Chez nos voisins, le nombre de diagnostics a été multiplié par plus de cinq, tandis qu’en Guyane, 57 % de cas supplémentaires ont été confirmés.
Depuis, certains pays comme le Brésil et la Colombie ont systématisé la réalisation de ces tests antigéniques auprès de leurs patients hospitalisés avec le VIH, au même titre que les tests de la tuberculose ou de la cryptococcose.
Le Pr Antoine Adenis, chef de pôle santé publique – recherche du CHU de Guyane et dernier auteur de l’étude, se réjouit de ces résultats : « Avant ces tests, des patients mouraient d’une maladie curable, du fait de la non-connaissance par les médecins de l’existence et du poids de l’histoplasmose dans leur patientèle et parce qu’elle était confondue avec la tuberculose. Grâce à ces tests, que l’on peut comparer aux tests de grossesse, il y a eu un avant et un après au Suriname. Il reste toutefois des étapes à franchir : après avoir facilité l’accès au diagnostic, il faut désormais faciliter l’accès au traitement. »

Les Recherches du CHU :
Pionniers de l'Innovation en Santé
La Guyane est un territoire aux enjeux épidémiologiques spécifiques. Le CHU est un centre actif de recherche, en particulier dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique et de l’environnement tropical. Nous soutenons une dynamique de recherche partenariale, favorisant l’innovation, l’analyse des déterminants sociaux de la santé et l’amélioration continue des pratiques de soin.












