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La recherche en néphrologie se développe

En Guyane, un habitant sur six souffre d’insuffisance rénale chronique (IRC), le double de l’Hexagone. Plusieurs études sont en cours pour mieux comprendre les spécificités du territoire.
21 July 2026
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En Guyane, un habitant sur six souffre d’insuffisance rénale chronique (IRC), le double de l’Hexagone. Plus préoccupant encore, les patients y sont plus jeunes, mais souvent diagnostiqués à un stade avancé de la maladie.« Cette réalité est aggravée par des conditions socio-économiques défavorables et la présence de multiples comorbidités », souligne le Dr Arriel Makembi Bunkete, néphrologue au CHU de Guyane - site de Saint-Laurent-du-Maroni.

Avec ses confrères, il contribue à poser les jalons d’une véritable recherche en néphrologie sur le territoire. « J’ai développé mon intérêt pour la recherche à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, auprès du Pr Pierre Galichon, avec qui j’ai co-signé une lettre à l’éditeur dans le New England Journal of Medicine. En arrivant en Guyane, en mai 2021, j’ai immédiatement perçu le potentiel scientifique du territoire : une grande diversité de pathologies, certaines très rares, que je n’avais rencontrées jusque-là qu’en théorie. L’enjeu est aussi de partager cette expérience avec la communauté scientifique internationale. Ici, l’épidémiologie diffère de celle de l’Hexagone : la combinaison unique d’une population et de conditions environnementales modifie l’expression des maladies et impose d’adapter, puis de valider, les recommandations françaises. »

Le Dr Makembi Bunkete a déjà contribué à plusieurs travaux scientifiques, illustrant à la fois sa formation académique et son ancrage guyanais :

- Une publication dans Néphrologie & Thérapeutique (2023) sur une intoxication sévère au paraquat, herbicide interdit dans l’Union Européenne mais encore responsable d’accidents graves en Guyane, illustrant les particularités médicales et environnementales du territoire et la nécessité de protocoles adaptés incluant lavage gastrique, charbon activé, cyclophosphamide, corticoïdes et hémodialyse quotidienne.

- Dans le Bulletin de la dialyse à domicile de juin, un article qui explore l’hémodialyse à domicile comme solution innovante pour améliorer l’accès et la qualité de vie des patients vivant en zones isolées de Guyane.

- En juillet 2025, deux cas cliniques originaux publiés dans le Pan-African Journal of Medicine :

‍      - Un cas inédit de néphropathie rare, observé chez un patient amérindien de 59 ans, illustrant des maladies encore très peu documentées dans les populations autochtones de Guyane ;

      - Une complication rénale sévère et souvent irréversible de la chimiothérapie, rapportée chez un patient brésilien de 56 ans, soulignant la nécessité d’une vigilance accrue face aux toxicités médicamenteuses.

« Ces publications montrent à la fois la singularité des situations cliniques rencontrées en Guyane et la capacité du territoire à nourrir la recherche internationale en néphrologie », estime le néphrologue. Le Dr Makembi Bunkete a également obtenu ses premiers financements pour deux études majeures :

- Epimareg, une étude rétrospective, descriptive et multicentrique menée en 2024, visant à établir un profil épidémiologique, clinique, biologique et thérapeutique des patients atteints de maladie rénale chronique (MRC) à partir du stade 3, en s’appuyant notamment sur les données du registre REIN*.

- Premarcapol, projet de recherche portant sur l’impact des variants génétiques APOL1 sur le risque de développement de maladie rénale chronique chez les femmes ayant présenté une prééclampsie. Cette thématique est particulièrement pertinente en Guyane, où la prévalence de la prééclampsie (14,1 %) et de la MRC figure parmi les plus élevées de France, et où la fréquence des variants APOL1 dans la population afro descendante est notable.**

Travailler à Saint-Laurent-du-Maroni ne constitue pas un frein à la recherche, constate-t-il. « Les outils développés à Cayenne sont accessibles à tous, même avant la création du CHU — encore fallait-il le savoir ! J’ai pu participer à des séminaires de statistiques et d’écriture scientifique. Nous bénéficions également du soutien du Département Recherche Innovation Santé Publique (DRISP), avec des méthodologistes qui facilitent le montage des projets. Enfin, disposer de pôles de recherche à l’Est et à l’Ouest, auprès de populations différentes, enrichit considérablement la qualité et la portée de nos données. »

* Financeurs : Agence de la Biomédecine (appel à projets AOR REIN 2024), Agence régionale de santé (ARS) Guyane.

** Financeur : Association pour l’information et la recherche sur les maladies rénales d’origine génétique (AIRG-France).

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Pierre-Yves Carlier
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