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« Sur le littoral, les prévalences d’obésité sont frappantes, notamment chez les femmes »

Que mangent les Guyanais ? L’étude Guyaconso, à laquelle ont participé 1 600 adultes et 500 enfants, a dévoilé ses résultats. Edwige Landais, qui l’a pilotée, nous dévoile les faits marquants.
21 July 2026
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En 2022 et 2023, 1 600 adultes et 500 enfants du littoral guyanais ont participé à l’étude Guyaconso. L’IRD de Montpellier (équipe MoISA)et le Centre Hospitalier de Cayenne (CIC 1424) ont mené ce travail pour mieux connaître l’alimentation des Guyanais. De premiers résultats ont été communiqués en novembre 2024. Les résultats complets ont été compilés dans un rapport de plus de 200 pages, diffusé depuis le mois de juin. Edwige Landais, qui a piloté l’enquête, revient sur les points essentiels.

Edwige Landais, de l’IRD de Montpellier

Dans quel contexte avez-vous réalisé l’étude Guyaconso ?

A l’IRD de Montpellier, nous avions déjà travaillé sur l’alimentation dans des contextes hors France : Sahel, pourtour méditerranéen, Asie du sud-est… Il y avait eu aussi une expertise collective portée par l’IRD sur l’alimentation et la nutrition dans l’ensemble des Drom (départements et régions d’Outre-mer). Elles pointaient bien le fait que, s’agissant de l’alimentation, nous n’avions pas de données sur la Guyane. Pour les obtenir, nous avons été sollicités par la Direction générale de la santé et l’Agence régionale de santé de Guyane. C’était la première fois que nous menions un tel travail en Outre-mer.

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Comment cela s’est-il passé ?

La Guyane est un territoire complexe, avec cette diversité culturelle qui est très riche, mais qui complique le travail surtout quand on s’intéresse à l’alimentation. Cela fait vingt ans que je mène de telles études. Celle-ci fut la plus complexe mais aussi la plus riche. Heureusement, nous avions un super partenaire sur le terrain : le centre d’investigation clinique (CIC 1424 Inserm). La Guyane est un territoire qui mérite d’être connu. Quand on en parle, c’est malheureusement souvent avec des a priori négatifs.

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Quels résultats vous ont le plus marquée ?

Quand je suis venue pour la première fois en Guyane, en2015, j’avais été choquée par la corpulence des gens et notamment des femmes. Les prévalences de l’obésité sur le littoral (29 % de la population), notamment chez les femmes, sont frappantes : 38 % des femmes sont concernées contre17 % dans l’Hexagone. Le problème, ce n’est pas la corpulence en soi. C’est le fait qu’elle rend les gens à risque de développer des maladies chroniques comme l’hypertension ou le diabète de type 2. Une fois que l’on a développé ces maladies, qui nécessitent un traitement médical, on les a à vie. Et en Guyane, elles apparaissent très tôt.

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Y a-t-il d’autres données que vous jugez majeures ?

Oui : le faible pourcentage d’enfants qui mangent à la cantine : un sur cinq (21,4 %). Au niveau national, trois enfants sur quatre mangent au moins une fois par semaine à la cantine.

Le dernier résultat frappant, c’est le peu de pratique sportive chez les enfants en dehors de l’école, avec une différence très marquée entre garçons et filles. Alors qu’un tiers de garçons (32,7%)pratiquent un sport, ce n’est le cas que d’une fille sur cinq (19,9%). Au niveau national, chez les 7-10 ans, c’est 75 %, sans distinction entre garçons et filles. Je ne suis pas en mesure d’expliquer cette différence entre les garçons et les filles, peut-être y a-t-il un facteur culturel.

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Que vous inspirent ces résultats ?

Chez les adultes, il est compliqué de changer les choses. Amon avis, l’effort doit être porté très fort sur les enfants, pour des raisons de prévention.

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Vous avez aussi interrogé les participants sur les repas qu’ils avaient consommés la veille de l’enquête. Qu’avez-vous constaté ?

Grâce à ses données, nous avons notamment calculé un indice de diversité alimentaire (indice développé et validé par l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation.) Il mesure la capacité économique d’un ménage à accéder à une alimentation variée.  En Guyane, le score est de 3,7/10. C’est très, très faible. Dans un pays voisin comme le Brésil, ce score est de 5,8. Dans d’autres pays d’Amérique latine comme le Venezuela, il est supérieur à 5 ; en Bolivie, supérieur à 6. Autre aspect important de l’alimentation que nous avons regardé, c’est la consommation de fruits et légumes. En Guyane, 28 % de la population ne consomment pas de fruits et de légumes. Au Brésil, c’est 14 % ; au Venezuela, 18 %. N’ayant jamais travaillé dans ces pays, il m’est difficile de vous dire pourquoi unetelle différence. Il y a probablement un facteur économique en jeu.

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Selon vous, cette faible diversité alimentaire a-t-elle des ressorts économiques ou culturels ?

Il faudrait peut-être creuser les aspects économiques car on sait, partout dans le monde, que le driver (moteur) le plus fort de l’alimentation, c’est le niveau économique. C’est typiquement le cas pour la consommation de fruits et de légumes. Pour les légumineuses, en revanche, le driver est davantage culturel : les plus consommateurs sont les participants nés en Haïti et au Brésil. Pour les boissons sucrées, ce sont les participants nés au Suriname. En réalité, ce n’est pas tout culturel ou tout économique, mais probablement un mélange de plusieurs facteurs.

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A quoi vont servir les données de cette enquête ?

Nous les avons partagées aux pouvoirs publics. Ils sont maintenant entre leurs mains. Le rapport est assez dense mais nous l’avons rédigé dans l’optique qu’il soit facilement utilisable si on s’intéresse, par exemple, aux différences hommes-femmes. Il faut aussi avoir à l’esprit que cette étude présente des limites. Près d’une personne sur deux a refusé de participer à l’enquête (cela a été pris en compte en appliquant un redressement statistique sur l’échantillon). Nous avons également rencontré un problème de sous-déclaration des consommations alimentaires. C’est un phénomène bien connu qui touche notamment les personnes qui souffrent de surpoids ou d’obésité. Malheureusement,  pour ce qui est de la sous-déclaration, il n’existe pas de moyen de correction..

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Le travail sur les résultats de cette enquête va-t-il se poursuivre ?

Nous avons bien décortiqué les données. L’enquête a été difficile. Il nous faut désormais prendre le temps de valoriser les résultats et de publier, dans des journaux scientifiques, ce qui a été collecté. Nous avons eu la chance de collecter des données sur l’alimentation et l’activité physique alors que beaucoup d’enquêtes se concentrent soit sur l’un, soit sur l’autre. Pour aller plus loin, nous pourrions établir des profils de consommateurs : quels aliments sont consommés ensemble et par qui ?. Enfin, il a également été frustrant de ne travailler que sur le littoral. Avec les collègues du CIC, nous avons toujours l’idée d’aller dans les autres communes mais la première chose qu’il nous faudrait faire c’est recueillir l’avis des populations des communes isolées de l’intérieur afin de savoir ce qu’elles veulent.  

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Le rapport complet de l’étude peut être demandé par courrier électronique à Edwige Landais : edwige.landais@ird.fr.

Partenaires : Institut de recherche pour le développement (IRD), Centre Hospitalier de Cayenne, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Centre Hospitalier de l’Ouest Guyanais.

Financeurs : ARS Guyane, Direction générale de la santé, Direction générale des Outre-mer, l’IRD et le Centre Hospitalier de Cayenne.

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Pierre-Yves Carlier
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