Cancer de la prostate : du dépistage sur le Maroni

Fin 2026 et début 2027, l’équipe d’urologie du CHU de Guyane – site de Kourou, dirigée par le Pr Vincent Ravery, se rendra sur le Maroni pour proposer de l’information sur le cancer de la prostate et son dépistage, dans le cadre d’un projet de recherche. Cette action d’aller-vers a été sélectionnée par le Girci Soho, lors de son appel à projets interrégional thématique (Apithem).
« Quand je suis revenu en Guyane, il y a huit ans, l’un des premiers articles que nous avons publiés portait sur l’épidémiologie du cancer de la prostate. Nous nous sommes rendu compte que les patients dont les cancers étaient les plus agressifs étaient pratiquement tous issus du Fleuve (Maroni) », se souvient le Pr Ravery. Les urologues émettent plusieurs hypothèses :
- Des facteurs génétiques ;
- Des difficultés d’accès aux soins ;
- Une réticence au dépistage et à consulter le médecin ;
- L’exposition aux métaux lourds.
Pour mieux comprendre les causes, les urologues vont mener deux missions de dépistage sur le Maroni :
- Fin novembre et début décembre d’Apatou à Grand-Santi, en passant par Providence, Apagui et Mofina ;
- Sans doute début 2027 à Papaïchton, Maripasoula et dans les villages amérindiens du Haut-Maroni.
Ils proposeront aux habitants :
- Une prise de sang pour mesurer le taux de PSA, une protéine qui peut signaler une anomalie au niveau de la prostate ;
- Le prélèvement d’une mèche de cheveux pour mesurer l’imprégnation au mercure.
Cette démarche permettra également d’apporter de l’information sur le cancer de la prostate aux habitants, avec l’appui de médiateurs des équipes mobiles de santé publique en communes (Emspec). Avant cela, le Pr Ravery a présenté le projet en juillet 2025 au Grand Conseil Coutumier (instance représentative des populations autochtones de Guyane), réuni à Grand-Santi, qui s’est dit favorable à un tel projet.

Ce programme de recherche permettra d’évaluer plusieurs éléments :
- Combien d’habitants viennent s’informer ;
- Combien acceptent la mesure de leur taux de PSA ;
- Quelle proportion présente un taux anormal ;
- Parmi eux, combien acceptent d’aller plus loin dans le diagnostic du cancer de la prostate.
Si elles démontrent leur pertinence, ces actions d’information et d’aller-vers pour le dépistage du cancer de la prostate pourront être pérennisées et déclinées pour d’autres pathologies.
Financeurs : CHU de Guyane, Girci Soho. Soutien méthodologique du Département Recherche Innovation Santé Publique du CHU de Guyane.
Partenaires : Grand Conseil coutumier des populations amérindiennes et bushinengé de Guyane, équipes mobiles de santé publique en communes du CHU de Guyane.
Bruno Apouyou : « Il faut apporter de l’information et de la prévention sur le Fleuve »
Bruno Apouyou, capitaine des Bonis de Kourou, est vice-président du Grand Conseil coutumier des populations amérindiennes et bushinenge de Guyane. Il approuve la démarche du Pr Vincent Ravery et encourage les habitants du Fleuve à se faire dépister, lors des deux missions qui seront menées fin 2026 et début 2027 : « Pour nous, c’est une très bonne chose. Le Pr Ravery a présenté ce projet à Grand-Santi l’an dernier et nous en a de nouveau parlé cette année. Quand on voit ce qui se passe sur le Maroni en matière de cancer de la prostate, il est important que la population puisse recevoir des informations. Je vois le nombre de personnes malades du Fleuve qui viennent à l’hôpital de Kourou pour consulter. Souvent, les familles, nous contactent pour nous informer que telle ou telle personne doit être hospitalisée. Il est donc important que les médecins puissent apporter de l’information et de la prévention sur place, que les habitants qui habitent dans les kampoes (villages) les plus éloignés puissent se rendre dans les dispensaires pour recevoir l’information et se faire dépister. Le Grand Conseil Coutumier soutient ce projet. J’envisage de les accompagner car ce sujet du cancer de la prostate est très important. »
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Apithem2025 : sept candidats, un lauréat
Tous les deux ans, le Girci Soho lance son appel à projets thématique (Apithem). En 2025, il portait sur les populations rencontrant des difficultés d'accès au système de santé. Le CHU a présenté sept projets, sous la forme d’une lettre d’intention, la première étape de réponse à l’appel à projets :
- Une étude de faisabilité sur les téléconsultations mémoire dans les CDPS ;
- L’amélioration diagnostique des cancers prostatiques sur le Maroni (lire ci-dessus) ;
- La mise en place d’un protocole d’accompagnement des patients suivis à la Pass de l’hôpital de Cayenne par des médiateurs de santé ;
- Le soutien communautaire dans la prise en charge des patients ayant des troubles psychiques ;
- L’adaptation transculturelle de tests et échelles de mesures neuropsychologiques ;
- L’allergie à la viande, l’exemple du centre pénitentiaire de Guyane ;
- L’optimisation du diagnostic de l’hypertension artérielle en milieu carcéral par la mesure ambulatoire de la pression artérielle.
Quatre ont été retenus pour présenter un dossier complet. Un seul dossier complet a été finalement sélectionné pour le financement : l’étude sur l’amélioration diagnostique des cancers prostatiques sur le Maroni portée par le CHU de Guyane - site de Kourou.
Les Recherches du CHU :
Pionniers de l'Innovation en Santé
La Guyane est un territoire aux enjeux épidémiologiques spécifiques. Le CHU est un centre actif de recherche, en particulier dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique et de l’environnement tropical. Nous soutenons une dynamique de recherche partenariale, favorisant l’innovation, l’analyse des déterminants sociaux de la santé et l’amélioration continue des pratiques de soin.












