Feuille d’argent pendant la grossesse : que sait-on ?

Publié le 30 mars 2023,

En Guyane, des travaux récent sont confirmé le dynamisme de la pharmacopée locale avec un recours non négligeable des habitants aux plantes pour leur santé. C’est le cas de la feuille d’argent – Ocotea guyanensis pour les scientifiques – utilisée pour faciliter l’accouchement*. Mais on sait finalement peu de choses. Ni combien de femmes en prennent. Ni comment. Ni à quelle fréquence. On ne sait pas grand-chose non plus de ses effets – positifs ou négatifs – ou de son absence d’effet sur la santé et sur la grossesse. C’est pour y voir plus clair qu’est menée l’étude Fey darjan. Ce projet est porté parle Département de la Recherche, de l’Innovation et de la Santé Publique du Centre Hospitalier de de Cayenne (DRISP) pour l’aspect épidémiologique et par le laboratoire LEEISA-USR 3456 du Centre National de la recherche scientifique (CNRS) pour les aspects ethno-pharmacologiques.
Ainsi, le DRISP va mener une enquête épidémiologique selon trois volets :
- Un volet dit « quantitatif » au cours duquel des questionnaires seront proposées aux femmes après leur accouchement. Ces questions permettront de savoir combien d’accouchées ont eu recours aux feuilles d’argent et comment s’est déroulé l’accouchement chez les utilisatrices.
- Un volet dit « qualitatif » au cours duquel seront menés des entretiens individuels auprès des femmes, utilisatrices des décoctions à base de feuilles d’argent pour leur accouchement.
- Un volet dit « soignants » où il s’agira de connaître le point de vue des soignants sur cette pratique au cours de la grossesse et de l’accouchement.
En parallèle, le Centre national de recherche scientifique (CNRS) va étudier la composition des décoctions de feuilles d’argent avec l’appui de laboratoires partenaires en France hexagonale.
L’ensemble des données issues de cette étude devrait permettre d’approfondir les connaissances de la pharmacopée traditionnelle utilisée en Guyane au moment de l’accouchement et d’informer sur les effets médicaux potentiels des feuilles d’argent sur l’accouchement.
Des entretiens pour aller plus loin
Pour mieux comprendre, Marc-Alexandre Tareau et l’équipe projet vont réaliser des entretiens avec des consommatrices : « J’essaie d’aller plus loin que le questionnaire, en posant des questions ouvertes : Comment les préparez-vous ? D’où vous vient la connaissance de la feuille d’argent ? Pourquoi est-ce que vous en prenez ? Est-ce que vous la prenez avec d’autres plantes en même temps ? Le but est d’amener du discours sur la consommation de feuille d’argent, de les faire parler pour ensuite analyser. En lisant, en relisant, on voit certaines thématiques ressortir. » Marc-Alexandre Tareau est un spécialiste des plantes traditionnelles. En 2019, il a soutenu sa thèse sur leur utilisation en Guyane. Les chercheurs espèrent ainsi mieux dire comment la feuille d’argent est utilisée et pourquoi elle est utilisée.
*Cela a déjà été décrit en Guyane par Grenand et al. en 2004.
L’étude « Fey Darjan » (volet épidémiologique) est menée par le Centre hospitalier de Cayenne (Dr Célia Basurko, Astrid van Melle et Glwadys Forsans du DRISP, et Dr Anne-Christèle Dzierzek du service d’anesthésie), en partenariat avec le laboratoire LEEISA-USR 3456 du CNRS (Guillaume Odonne, Gregory Genta-Jouve, Marc-Alexandre Tareau), le Réseau Périnat Guyane (Stéphanie Bernard), le Centre antipoison de Paris de l’AP-HP (DrJérôme Langrand) et le service d’anesthésie du CHU de Bordeaux (Dr Thibaut Rackelboom). Cette étude est financée par l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et l’Agence régionale de santé (ARS) Guyane.
Les Recherches du CHU :
Pionniers de l'Innovation en Santé
La Guyane est un territoire aux enjeux épidémiologiques spécifiques. Le CHU est un centre actif de recherche, en particulier dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique et de l’environnement tropical. Nous soutenons une dynamique de recherche partenariale, favorisant l’innovation, l’analyse des déterminants sociaux de la santé et l’amélioration continue des pratiques de soin.












