Leptospirose : les connaissances progressent


Le 26 mars, le Dr Paul Le Turnier, infectiologue au CHU de Guyane – site de Cayenne, a soutenu avec succès sa thèse d’université sur la leptospirose (en rediffusion sur le site internet de l’Université de Guyane – code 6TFU+1zp). Ses recherches, dirigées par le Pr Loïc Epelboin, qui travaille dans le même service, marquent plusieurs avancées dans la connaissance de la maladie. Elles ouvrent également des perspectives vers de nouvelles études.
La leptospirose est une maladie bactérienne présente dans le monde entier. Elle est transmise de l’animal à l’homme via les urines. En Guyane, le principal réservoir est le rat. Les médecins ont constaté une augmentation significative du nombre de cas, au cours des vingt dernières années. Les patients étaient souvent en situation de précarité. Marcher pieds nus dans la boue est le principal facteur de risque, même si d’autres activités peuvent favoriser l’infection, comme le rappelle cette BD du Dr Alessia Melzani, infectiologue au CHU de Guyane.

Chez l’être humain, la leptospirose est souvent bénigne. Elle peut toutefois conduire à une insuffisance rénale, et s’aggrave dans 10 à 15 % des cas. « Un élément très important, c’est l’aggravation rapide que l’on peut constater », souligne le Dr Le Turnier.
Le premier enjeu est donc de poser rapidement le diagnostic. Sur ce point, les travaux menés au CHU de Guyane vont à rebours des recommandations : test sanguin (PCR) dans la première semaine suivant l’apparition des symptômes, test urinaire (PCR) à partir de la deuxième semaine. En réétudiant les cas diagnostiqués à l’hôpital de Cayenne de 2016 à 2022, le chercheur a montré que « la stratégie diagnostique la plus pertinente est d’associer ces deux tests » dès le début de la maladie. C’est pourquoi, avec ses confrères, il a plaidé en début d’année pour réviser les recommandations et les remboursements accordés par la Sécurité sociale.
Le Dr Le Turnier a également travaillé sur les marqueurs qui permettraient de repérer rapidement les patients à risque de développer une forme grave. Il en a identifié quatre :
- L’hypotension (inférieure à 100 mmHg)
- Une auscultation pulmonaire anormale
- Un faible taux de plaquettes (inférieure à 50G/L)
- Une CRP (marqueur d’inflammation) élevée (supérieur à 230 mg/L).

Ces quatre indicateurs, faciles à obtenir, peuvent donc alerter le médecin qui reçoit le patient.
Enfin, le Dr Le Turnier travaille sur plusieurs nouveaux projets de recherche :
- Avec l’étude Expozam, financée par l'Agence régionale de santé, les patients se présentant aux urgences de Cayenne pour une fièvre aiguë répondront à un questionnaire. L’objectif est de mieux comprendre les circonstances favorisant la transmission des zoonoses, dont la leptospirose ;
- L’étude Prédilept cherchera à identifier les caractéristiques permettant de repérer rapidement les patients atteints de leptospirose parmi l’ensemble des personnes consultant pour fièvre ;
- Le projet Géoleg analysera la répartition géographique et saisonnière des cas observés en Guyane.
Au-delà de l’amélioration du diagnostic et de la prise en charge, ces recherches pourraient permettre de mieux cibler les campagnes de prévention, d’orienter les actions des autorités sanitaires et de renforcer la surveillance de la maladie. Une démarche qui s’inscrit pleinement dans l’approche « One Health », considérant ensemble la santé humaine, animale et environnementale pour mieux prévenir les maladies émergentes.
Les Recherches du CHU :
Pionniers de l'Innovation en Santé
La Guyane est un territoire aux enjeux épidémiologiques spécifiques. Le CHU est un centre actif de recherche, en particulier dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique et de l’environnement tropical. Nous soutenons une dynamique de recherche partenariale, favorisant l’innovation, l’analyse des déterminants sociaux de la santé et l’amélioration continue des pratiques de soin.












