CHU Guyane

« La recherche paramédicale est complémentaire de la recherche médicale »

Sophie Bentz, coordinatrice de la recherche paramédicale au CHU de Montpellier, est venue assister aux Journées des soignants, à Cayenne. Elle a animé des sessions de sensibilisation à la recherche paramédicale pour les professionnels de santé du CHU de Guyane. Elle nous en explique l’intérêt.
24 June 2026
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Sophie Bentz, référente du groupe de travail « Recherche paramédicale » au Girci Soho, lors de son passage au CHU de Guyane, en avril.

Vous avez assisté aux Journées des soignants. Que vous inspire ce congrès ?

J’y avais assisté en 2023. C’est un format qui marche bien, qui permet de présenter un panorama des problèmes de santé, tant du point de vue du soin que de la recherche. J’apprécie que l’on retrouve tous les professionnels, sans distinction de hiérarchie ou de caste. Les infirmiers prennent beaucoup la parole. Le congrès montre bien les particularités du territoire et donne une grande place à la médiation, avec une grande sensibilité des soignants à cette dimension.

Laisser une telle place aux paramédicaux dans un congrès, est-ce habituel ?

C’est habituel mais on se retrouve dans des congrès immenses avec une petite session paramédicale, pour les paramédicaux. Les médecins parlent aux médecins, les soignants parlent aux soignants. Ça ne permet pas les échanges. Il y a un colloque national sur la recherche paramédicale, mais qui ne s’adresse qu’aux paramédicaux.

Que vous ont inspiré les présentations des personnels paramédicaux ?

Dans les hôpitaux, les directions ont souvent l’impression que les soignants ont du mal à parler et sont davantage dans le faire. Ce congrès est un contre-exemple marquant. Dans la prise de parole et dans la structure de leurs présentations, ils étaient aussi à l’aise que les médecins. On ne voyait pas trop la différence. Des infirmières ont remporté le prix du meilleur poster. Je pense que leur présentation orale et l’application très concrète de ce sur quoi elles ont travaillé a compté. Les infirmières sont sensibles aux conditions d’accueil des personnes et à leurs conditions d’exercice à elle.

Vous avez animé plusieurs sensibilisations à la recherche paramédicale. Quels messages avez-vous passés ?

La première formation, pour les cadres de santé, a été conçue par la Coordination nationale des coordinateurs paramédicaux de la recherche. On part de leurs représentations de la recherche et on discute des freins et des leviers qu’ils identifient pour faire de la recherche paramédicale. Le but est de montrer que ce n’est pas quelque chose d’inaccessible et de déconnecté des pratiques. On fait réfléchir les cadres à leur posture par rapport aux équipes. On ne va pas demander aux cadres de faire de la recherche, mais d’être des relais, des supports et d’être agiles pour organiser les emplois du temps.

Sophie Bentz a animé des sessions de sensibilisation à la recherche pour le personnel paramédical du CHU de Guyane.

Vous soulignez qu’il y a peu de financements pour la recherche observationnelle comme il s’en fait beaucoup en Guyane. Mais vous reconnaissez qu’elle est nécessaire sur ce territoire où l’on rencontre des choses rarement décrites ailleurs. Y a-t-il des perspectives que ces recherches puissent être financées ?

Mon sentiment, depuis que la Guyane a rejoint le Girci Soho, c’est que des lignes bougent. D’ailleurs il me semble que les appels à projets tels Apidom et Apithem acceptent des études observationnelles et également qualitatives.

Vous évoquez la difficulté à garantir un temps à dédié à la recherche pour les professionnels paramédicaux. Comment peut-on faire de la recherche quand le service manque d’infirmiers ?

On ne fait jamais passer le message qu’on ne fera pas un peu de recherche sur son temps personnel. Un chercheur qui commence à être passionné le fait toujours un peu sur son temps personnel. Mais il existe des dispositifs, déployés dans certains hôpitaux, comme le « Passeport temps ».

Le CHU de Guyane a mis en place le temps d’accueil recherche paramédical. Est-ce la voie à suivre ?

C’est très bien. Cela permet d’être dégagé du service, de ne pas répondre aux sonnettes, de ne pas se retrouver soumis au regard de collègues qui se demandent ce qu’on fait. Dans certains établissements, la recherche paramédicale est valorisée sous forme d’heures supplémentaires ; d’autres proposent des mi-temps recherche de manière contractuelle. Quant aux infirmiers en pratique avancée, ils sont censés faire de la recherche à 20 %. Enfin, sur certains gros appels à projets, il peut y avoir des recrutements de personnels paramédicaux.

Pourquoi, selon vous, est-il important que les paramédicaux fassent de la recherche ?

Leur objet de recherche est important. Il y a des enjeux cliniques, de soins et de santé qui sont dans le périmètre de leur activité et qui sont différents et complémentaires de ceux des médecins. Quand un traitement innovant arrive, il ne résout pas les problèmes à lui seul. Il se pose des questions d’adhésion, d’éducation du patient, de pratiques de soins. C’est très marqué chez les masseurs-kinésithérapeutes. Certaines techniques sont utilisées de façon empirique sans que l’on sache si elles sont véritablement efficaces ou si d’autres le seraient davantage.

Y a-t-il peu de diffusion des expériences et des connaissances entre deux régions ou deux hôpitaux ?

C’est même encore le cas entre deux services. La recherche sert à améliorer les pratiques, mais elle sert aussi à se servir plus vite des résultats de la recherche. On n’a pas besoin d’être chercheur pour réduire le temps entre la découverte d’une pratique plus efficace et son utilisation.

Pierre-Yves Carlier
La Lettre Recherche

Les Recherches du CHU :
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La Guyane est un territoire aux enjeux épidémiologiques spécifiques. Le CHU est un centre actif de recherche, en particulier dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique et de l’environnement tropical. Nous soutenons une dynamique de recherche partenariale, favorisant l’innovation, l’analyse des déterminants sociaux de la santé et l’amélioration continue des pratiques de soin.

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