CHU Guyane

Roger Pradinaud, universitaire avant l’heure

Le Dr Roger Pradinaud, ancien chef de service de dermatologie à l’hôpital de Cayenne, nous a quittés le 30 mai, à l’âge de 89 ans. Par l’énergie qu’il a mise à former les jeunes générations, par l’expertise qu’il a développée à travers ses recherches, en plus de son activité de soins, il a préfiguré, bien avant l’heure, ce qui deviendrait le CHU de Guyane.
24 June 2026
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Nous sommes le 23 septembre 2013. Vêtu d’une toge grenat, insignes des pupilles de la Nation, de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite à la poitrine, le Dr Roger Pradinaud s’installe dans un imposant fauteuil en bois et velours. Dans ce majestueux parlement de Besançon, construit au XVIe siècle et dont l’allégorie du rattachement de la Franche-Comté au Royaume de France le surplombe de dix mètres, le dermatologue s’apprête à vivre l’audience le faisant professeur honoraire de l’Université de Besançon (Doubs). Ce titre « marque la reconnaissance par l'Université d'un parcours brillant et de collaborations fructueuses ». Et la réparation d’une injustice : parce qu’il avait une formation de médecin généraliste, le Dr Pradinaud – plus de cent publications scientifiques au palmarès, dix-huit années à la tête du service de dermatologie de l’hôpital de Cayenne et des dizaines d’internes et chefs de clinique formés sous ses ordres – ne pouvait prétendre au titre d’universitaire. Le dermatologue est décédé le 30 mai à l’âge de 89 ans, sur cette terre de Guyane qui l’avait adopté. Unanime sur sa contribution aux développements récents de la médecine en Guyane, la communauté médicale de Guyane lui rend hommage.

Le Dr Roger Pradinaud lors de sa nomination comme professeur honoraire de l’Université de Besançon.

Le Pr Pierre Couppié a été son interne, son premier chef de clinique puis son successeur à la tête du service de dermatologie. Aujourd'hui doyen de la faculté de médecine de Guyane, il estime que le Dr Pradinaud a posé « la première pierre du développement de l'universitarisation de la médecine en Guyane. Il aurait dû faire partie des quatre ou cinq premiers professeurs de médecine des Antilles-Guyane. Tout le monde était conscient qu’il menait de bons travaux de recherche et d’enseignement. »

Peu après son arrivée en Guyane en 1964, le Dr Pradinaud décrit ses premiers cas : leishmaniose, variole blanche, myase furonculaire, lobomycose. En 1975, il publie cent cas de lèpre vus en sept ans à Cayenne et suggère « qu'en Guyane française, tout médecin devrait être « léprologue » ». Quatre ans plus tard, il propose un panorama de la dermatologie en Guyane : « Les conditions climatiques et géographiques favorisent le développement de nombreuses maladies cutanées fongiques, parasitaires et microbiennes », constate-t-il : lobomycose, chromomycose, maladie rampante, leishmaniose cutanée, tungiase, ulcère mycobactérien dont il est expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dermatite papuleuse causée par les poils urticants des lépidoptères (les fameux papillons cendre) sont les plus fréquentes.

« Aujourd’hui encore, conclut le Pr Romain Blaizot, chef de service de dermatologie au CHU de Guyane – site de Cayenne, les travaux conduits au sein du CHU de Guyane et de l’Université de Guyane sur la lèpre, la leishmaniose cutanée, les dermatoses tropicales négligées et l’épidémiologie dermatologique en Amazonie française témoignent de la vitalité de la dynamique scientifique qu’il avait initiée il y a plus d’un demi-siècle. »

Un apport majeur sur le VIH

Si le Dr Roger Pradinaud était dermatologue, c’est peut-être en infectiologie que ses travaux de recherche ont eu le plus d’impact. « Bien que la première vague épidémique de VIH dans le monde occidental ait concentré l'attention sur la communauté homosexuelle masculine », il souligne dès 1987 que « la transmission sexuelle est essentiellement hétérosexuelle (…et est) à l'origine d'environ 80 % des cas, ne laissant qu'un faible pourcentage à la transmission par aiguille (ou tout autre instrument tranchant), par le sang ou par des dérivés sanguins. »

Le Dr Pradinaud s’intéresse alors à l’association lèpre – VIH, aux conséquences dermatologiques du virus, à sa transmission materno-fœtale, qui survient dans un cas sur deux, à l’époque ! Le Pr Mathieu Nacher, coordinateur du centre d’investigation clinique (CIC 1424 Amazonie, explique bien son apport à l’infectiologie : « Équipé d’un microscope, de lames et du nécessaire pour faire une coloration rapide, (le Dr Pradinaud) gratte tout ce qu’il voit, des ulcérations à la recherche de leishmanies, et trouve ainsi très tôt des cas de patients Sida ayant des localisations d’histoplasmose disséminée » dont le CHU de Guyane deviendra un spécialiste reconnu au niveau mondial.

En 1995, il décrit deux premiers cas avec ses confrères du service de dermato-vénéréo-léprologie de l’hôpital de Cayenne, dont le Pr Pierre Couppié. Les publications vont s’enchaîner, jusqu’après sa retraite en 2003. Près de vingt ans après celle-ci, que ce soit pour décrire la situation de l’histoplasmose dans les Amériques ou pour revenir sur quarante ans de recherche sur le VIH en Guyane française, ses travaux sont encore cités.

 

Pierre-Yves Carlier
La Lettre Recherche
Ludovic Godara

Les Recherches du CHU :
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La Guyane est un territoire aux enjeux épidémiologiques spécifiques. Le CHU est un centre actif de recherche, en particulier dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique et de l’environnement tropical. Nous soutenons une dynamique de recherche partenariale, favorisant l’innovation, l’analyse des déterminants sociaux de la santé et l’amélioration continue des pratiques de soin.

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