CHU Guyane

Sexualité : des données inédites pour la Guyane

Pour la première fois, l’enquête Contexte des sexualités en France s’est intéressée aux Outre-mer. Le CHU de Guyane a piloté ce volet. En Guyane, plus de 2 500 personnes ont répondu à un questionnaire. Nous vous présentons les résultats et la manière dont nos équipes ont travaillé pour fournir ces données inédites.
01 July 2026
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Que sait-on de la sexualité en Guyane et dans les Outre-mer ? Jusque-là, les études sur le sujet étaient anciennes ne suivaient pas toujours les mêmes méthodologies Pour la première fois, quatre départements d’Outre-mer – Guyane, Martinique, Guadeloupe et La Réunion – ont participé à l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF) de l’Inserm. En 2023, un peu plus de 10 000 personnes résidant dans ces départements – 2 500 par territoire – ont répondu à des questions sur l’âge de leur premier rapport sexuel, le nombre de leurs partenaires, leurs pratiques, leurs moyens de contraception, leurs orientations sexuelles, les violences sexuelles, leurs moyens de prévention contre les infections sexuellement transmissibles (IST)…

Les résultats pour l’Hexagone ont été dévoilés l’an dernier. Ceux des Outre-mer ont été présentés à l’ensemble de la presse ultramarine et de l’Hexagone le 14 avril, dans l’amphithéâtre de l’Institut Santé des Populations en Amazonie (ISPA), à Cayenne. En effet, le volet Outre-mer a été mené, de sa conception jusqu’à l’analyse des données, par des chercheurs du CHU de Guyane et de l’Observatoire régional de la santé de La Réunion : Astrid Van Melle, responsable d’étude au centre d’investigation clinique (CIC Inserm 1424 Guyane Amazonie) avec Anne-Françoise Casimir, Hélène Mignon-Racault et Emmanuelle Rachou à La Réunion.

Cette enquête représente « une avancée majeure pour ces territoires, estime Sandrine Halfen, responsable du département recherche en santé publique, sciences humaines et sociales à l’ANRS – maladies infectieuses émergentes. Elle apporte des données robustes et pour certaines inédites. Elle permet d’objectiver et de documenter les réalités de ces territoires. Elle montre la diversité des territoires, la convergence progressive de certains comportements entre hommes et femmes, tout en confirmant que des vulnérabilités persistent : recours insuffisant à la contraception et au préservatif, faible couverture vaccinale, forte proportion des violences sexuelles. Ces résultats forment une base de référence qui permettra d’adapter au mieux les politiques de santé publique en prenant en compte au mieux les spécificités des territoires et la diversité des populations. »

Ces données « permettent de comprendre ce qui se passe sur ces territoires, abonde Astrid Van Melle. Elles permettent déjà de connaître les tendances et viendront éclairer les décisions au niveau politique. Elles seront utiles aux acteurs de terrain dans leurs interventions. »

Partenaires : ANRS-MIE, Inserm, Santé publique France. Cette étude a été menée sous la responsabilité scientifique de Nathalie Bajos, sociologue à l’Inserm, Caroline Moreau, épidémiologiste à l’Inserm, et Armelle Andro, démographe à l’université Paris 1, et coordonnée par Aline Bohet, ingénieure à l’Inserm. Ont participé à l’équipe de recherche : Université Paris1, Inserm, Ined, CNRS, Université de Strasbourg, Santé publique France, ORS La Réunion, CIC Inserm 1424 Guyane Amazonie.

Financements : ANRS-MIE, Inserm, Université Paris Panthéon Sorbonne, Santé publique France, Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives et Direction générale de la santé.

La Guyane se distingue dans les pratiques...

Parmi les quatre départements d’Outre-mer ayant participé à l’enquête CSF, la Guyane tient une place à part. A bien des égards, le territoire diffère des tendances nationales et même d’autres pays. Ainsi, l’âge du premier rapport sexuel est en baisse en Guyane alors qu’il augmente ailleurs. L’écart d’âge entre hommes et femmes y est également plus marqué : la moitié des hommes ont eu leur premier rapport sexuel avant 15,7 ans ; la moitié des femmes, avant 17,4 ans.

« Les hommes déclarent aussi davantage de partenaires au cours de la vie que les femmes (notamment entre 40 et 49 ans) et sont également plus nombreux à déclarer plusieurs partenaires dans l’année quel que soit l’âge, poursuivent les auteurs. En Guyane, quel que soit l’âge, les pratiques sexuelles en dehors des rapports vaginaux sont globalement moins diversifiées. L’écart entre les hommes et les femmes concernant cette diversité de pratiques est également plus marqué que dans les autres Drom. »

En Guyane, « l’acceptation de l’homosexualité demeure plus faible » qu’ailleurs. « Elle est particulièrement peu élevée chez les jeunes, contrairement aux autres départements où cette tranche d’âge déclare généralement un niveau d’acceptation plus élevé », soulignent les chercheurs. Ce alors que dans le même temps, une part notable de jeunes, notamment parmi les femmes, « déclare une attirance ou des pratiques non hétéronormées ».

… et en matière de prévention

L’enquête CSF révèle également des informations majeures en matière de prévention en Guyane :

  • Parmi les 18-29 ans, 72,5% des femmes et 69,3% des hommes déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel ;
  • Moins de la moitié des participants en ont utilisé un lors du premier rapport avec un nouveau partenaire ;
  • Les taux de dépistage des infections sexuellement transmissibles (VIH, VHB, VHC) au cours de la vie figurent parmi les plus élevés des quatre territoires. « Néanmoins, ces niveaux demeurent inférieurs aux recommandations en vigueur et au regard de la dynamique des IST sur le territoire », alertent les auteurs ;
  • Les couvertures vaccinales contre les HPV et l’hépatite B restent largement en deçà des recommandations, tant chez les femmes que chez les hommes ;
  • L’utilisation de la contraception lors du premier rapport sexuel est plus limitée ;
  • Trois femmes sur 10 âgées de 18 à 29 ans concernées par la contraception ne recourent à aucune méthode ;
  • Les deux moyens les plus utilisés sont le préservatif et les méthodes naturelles ;
  • La pilule, citée par 11 % des participantes, y est moins utilisée qu’ailleurs.

S’agissant des violences, plus d’une femme sur quatre déclare avoir subi une tentative de rapport forcé et/ou un rapport forcé au cours de sa vie, proportion comparable à ce qui est observé en Martinique et en Guadeloupe », concluent les chercheurs.

Le CHU de Guyane en première ligne

Astrid Van Melle

C’est en 2019 que l’Inserm a commencé à travailler sur l’édition 2023 de son enquête Contexte des sexualités en France (CSF 2023). Contrairement aux trois précédentes, l’institut de recherche décide d’inclure pour la première fois les Outre-mer. Il sollicite alors le centre d’investigation clinique (CIC Inserm 1424 Guyane Amazonie), rattaché au CHU de Guyane, et l’Observatoire régional de la santé de La Réunion, pour mener ce volet Outre-mer.

« Nous avons été impliqués depuis le début, se souvient Astrid Van Melle, responsable d’étude au CIC. Nous avons tenu énormément de réunions, avec l’Inserm, Emmanuelle Rachou, directrice de l’Observatoire régionale de la santé de La Réunion et des chercheurs d’un peu partout. » Il faut alors jongler entre douze mille kilomètres de distance et trois fuseaux horaires, parfois davantage quand d’autres chercheurs, ailleurs dans le monde, sont sollicités pour une expertise particulière. « Il s’agissait de réfléchir à comment nous allions mettre en place l’étude. Par exemple, en Guyane, nous avons envisagé de la mener dans plusieurs langues, ce qui n’a pas pu se faire, finalement. Nous avons beaucoup discuté de la méthodologie puis nous avons participé à la formation des enquêteurs. »

Ces derniers ont mené les entretiens en 2023 et 2024. Là encore, les chercheurs du CIC et de l’ORS La Réunion suivent le travail de près : « Nous réécoutions les entretiens pour voir, en situation réelle, ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. », relate Astrid Van Melle.

Les premiers résultats sont dévoilés deux ans après la fin des inclusions. Entre-temps il a fallu vérifier puis analyser les dizaines de milliers de réponses fournies par les dix mille participants des Outre-mer.  Ce fut d’abord le temps du « gel de la base de données », de son nettoyage et de son recodage, que nous explique le dessinateur Olivier Copin, dans cette bande dessinée de la Lettre Recherche. « Nettoyer », cela signifie par exemple vérifier qu’un participant n’a pas répondu avoir eu un seul partenaire sexuel pendant sa vie, puis à la question suivante, en avoir eu trois au cours des douze derniers mois. « C’est le plus long. Il faut s’assurer que nos indicateurs soient construits de la même façon que dans l’Hexagone, afin de pouvoir juger des tendances à l’échelle des territoires. Ce sont les étapes les plus fastidieuses mais aussi les plus importantes. Ensuite, qu’on analyse mille, dix mille ou cent mille réponses, c’est à peu près pareil », explique Emmanuelle Rachou.

Vient enfin le temps de l’analyse des résultats. Là encore, elles sont quatre pour mener cette mission, en se répartissant les thématiques : Astrid Van Melle en Guyane, Emmanuelle Rachou et deux de ses collègues de La Réunion : Anne-Françoise Casimir et Hélène Mignon-Racault. Ce travail est vraiment particulier. Pour accéder aux données, les chercheuses se connectent à une sorte de « bulle » en ligne. Au moment où elles rentrent dans cette bulle, leur connexion à internet est coupée, pour des questions de sécurité des données. Elles n’ont donc plus la possibilité de s’appeler en visioconférence et doivent échanger par des appels téléphoniques classiques.

« Pendant toutes ces années, nous avons travaillé tout le temps ensemble, en tenant compte du décalage horaire et sans jamais se rencontrer, s’étonne encore Astrid Van Melle. L’analyse des données et la préparation de la conférence de presse ont été la période la plus intense. »

Le 14 avril, les résultats sont dévoilés à la presse. Depuis l’Institut Santé des Populations en Amazonie (ISPA) à Cayenne, depuis Saint-Denis de La Réunion et depuis l’Inserm à Paris. Les trois équipes les détaillent aux journalistes de tous les Outre-mer et de l’Hexagone. Leur travail ne s’arrêtera pas là. Il s’agit désormais de rentrer plus finement dans l’analyse des dizaines de milliers de réponses recueillies puis de les faire connaître et de les valoriser à travers des articles scientifiques.

Les hommes ont-ils vraiment plus de partenaires sexuels que les femmes ?

L’enquête CSF confirme une tendance : les hommes déclarent plus de partenaires sexuels que les femmes, et dans les deux groupes, ce nombre est en hausse.

C’est le cas dans l’Hexagone

En Guyane, si l’on ne connaît pas l’évolution au fil des années, les hommes déclarent eux aussi plus de partenaires sexuels que les femmes, et ce à tous les âges de la vie.

Alors, les hommes ont-ils vraiment plus de partenaires sexuels que les femmes ?

Une des explications est un biais de déclaration peu connu du grand public. Nathalie Bajos, sociologue à l’Inserm, l’a détaillé au micro de France Inter : Cet écart sur le nombre de partenaires sexuels déclarés par les hommes et parles femmes se retrouve « dans toutes les enquêtes, dans le temps et dans tous les pays du monde » car « la définition d’un partenaire sexuel n’est pas la même pour les hommes et pour les femmes. Cette définition est directement liée aux représentations sociales de la sexualité masculine et féminine. »

La sociologue précise son constat : « On a toujours un clivage marqué entre une sexualité féminine qui est davantage pensée sur le registre de l’affectivité et de la sentimentalité tandis que la sexualité masculine est davantage renvoyée à ses dimensions physiques. On pense encore, même si c’est en recul, que les hommes auraient plus de besoins sexuels que les femmes. De ces représentations découle la perception que l’on a de ce qu’est un partenaire sexuel. Pour reprendre l’expression de l’un de mes collègues : les femmes ne comptent que les hommes qui ont compté, alors que les hommes comptent toutes les expériences. Pour être encore plus précise : un rapport sexuel avec un partenaire d’un soir sera compté comme un partenaire pour les hommes mais les femmes ne vont pas le compter comme partenaire. La mémoire est socialement construite et répond aux représentations qui sont socialement valorisées de la sexualité des femmes et des hommes. »

Cette enquête, c’est du sérieux ?

Les sondages sur la sexualité sont légion. À l’orée des grandes vacances, les magazines en font leur miel. Alors, en quoi l’enquête CSF de l’Inserm se distingue-t-elle des titres sur « Les Français et le sexe » que l’on retrouve sur les couvertures en papier glacé ?

D’abord le nombre de personnes interrogées :

  • Dans l’Hexagone, 31 518 personnes ont répondu au questionnaire, là où un sondage d’opinion en sollicite environ un millier ;
  • Outre-mer, elles ont été 10 259 à s’exprimer, dont 2 524 en Guyane.

Ensuite, la méthodologie de l’enquête CSF est la même depuis 1992 : un entretien téléphonique avec un second volet par internet et un dépistage des infections sexuellement transmissibles. Dans l’Hexagone, cela garantit une cohérence dans les réponses et permet les comparaisons. Ce n’est pas le cas en Guyane où l’enquête était menée pour la première fois et où la méthode différait des précédentes études sur le sujet (Ascag en 1993 et l’étude connaissances, attitudes et pratiques vis-à-vis du VIH et des IST en 2004 et en 2012-2013).

Ensuite, le temps entre en ligne de compte à toutes les étapes de l’enquête :

  • Pour sa réalisation : cinq ans entre le début de sa conception et la publication des résultats ;
  • Sur le temps de formation et l’accompagnement des enquêteurs, comme l’a expliqué Nathalie Bajos lors de la publication des résultats de l’Hexagone : « Les personnes sont interrogées par des enquêteurs et des enquêtrices qui sont formés longtemps par l’équipe de recherche. Ils sont accompagnés par des chargés de terrain et nous les écoutions tous les jours pour s’assurer que tout se passait bien et que les réponses données étaient bien enregistrées. »

Plus important encore : la durée du questionnaire. L’échange a duré trente et une minutes en moyenne, bien plus parfois : « Il y a tout un travail d’élaboration du questionnaire qui est extrêmement important. On ne commence pas le questionnaire en leur disant : « Bonjour, à quel âge avez-vous eu votre premier rapport sexuel ? » C’est toute une progression de la conversation qui répond aux règles de l’art de l’élaboration d’un questionnaire en sciences sociales. Mais aussi la présentation de l’enquête. Les gens étaient informés avant par l’envoi de SMS ou d’une lettre-annonce qu’il s’agit d’une enquête scientifique et que nous avons besoin de leurs réponses. Ce qu’on voit très clairement dans les taux de participation et quand on écoute les accroches au téléphone, c’est que les gens sont sollicités pour participer à une enquête scientifique et que c’est un peu un geste citoyen que de participer à une grande enquête de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (…) Nos questions sont extrêmement précises et simples. La meilleure manière d’y répondre, c’est en disant ce qui nous est vraiment arrivé (…) Ce qui est intéressant, c’est qu’au départ du questionnaire, les gens nous disent « Oh la la, qu’est-ce que c’est que votre enquête ? Moi, je n’ai rien à raconter » ou « Vos questions sont un peu étranges. » Mais une fois qu’ils rentrent dedans, ils passent parfois une demi-heure au téléphone, voire une heure avec des enquêteurs et ils en sortent tout étourdis d’avoir parlé autant. »

Des comparaisons délicates

Les habitants des Outre-mer déclarent-ils davantage de partenaires sexuels qu’auparavant ? Leurs pratiques sexuelles sont-elles plus variées ? Si l’enquête CSF s’autorise les comparaisons entre les Outre-mer, elle s’arrête là. Les analyses avec des études plus anciennes n’ont pas été possibles : « Nous avons essayé, sans succès : les méthodes d’enquête n’étaient pas les mêmes, certaines thématiques n’avaient pas été explorées auparavant, la formulation des questions était différente, certains concepts et certaines définitions avaient évolué au cours du temps et la population étudiée variait également », explique Astrid Van Melle, responsable d’étude au CIC Inserm 1424 Guyane Amazonie.

« Dire que ça évolue dans un sens ou dans un autre est assez compliqué », prévenait Emmanuelle Rachou, épidémiologiste et directrice de l’Observatoire régional de la santé de La Réunion, le 28 mai, devant des acteurs de la santé sexuelle en Guyane. Principalement parce que la méthodologie des différentes études n’est pas la même. « A La Réunion, nous avons essayé, mais c’était délicat. C’est sûr que ça nous a beaucoup frustrés. »

Les chercheurs n’ont pas non plus souhaité comparer les Outre-mer avec l’Hexagone, dont le rapport a été présenté fin 2024 : « Nous aussi, nous avions très envie de le faire (…) Mais c’est une volonté de ne pas mettre en avant l’Hexagone comme une norme. » Astrid Van Melle, démographe et ingénieure de recherche au CIC Inserm 1424 Guyane Amazonie, précise toutefois : « Nous n’avons établi ces comparaisons que lorsqu’elles nous éclairaient sur une politique de santé publique, quand ça avait du sens. »

Les auteurs soulignent par exemple qu’en Outre-mer :

  • La proportion de femmes déclarant ne recourir à aucune méthode contraceptive « est très largement supérieure à celle observée en Hexagone » ;
  • La couverture vaccinale contre le papillomavirus (HPV) est « nettement inférieure à (celle) relevée en Hexagone » ;
  • La dynamique de transmission des infections sexuellement transmissible est supérieure ;
  • L’acceptation de l’homosexualité demeure faible dans l’ensemble des territoires étudiés par rapport à l’Hexagone » ;
  • « Les femmes (d’Outre-mer) les plus jeunes sont plus nombreuses à déclarer avoir subi des viols ou tentatives de viols », comme dans l’Hexagone.

Dans ce cas, l’objectif de ces comparaisons est d’éclairer les actions de santé publique à mettre en œuvre sur les territoires.

De premiers échanges avec le Coress

Les comités de coordination régionale en santé sexuelle (Coress, ex-Corevih) ont pour mission de coordonner les acteurs œuvrant dans les domaines de la promotion, de la prévention, du dépistage et de la prise en charge de la santé sexuelle, sur un territoire donné. Celui de Guyane est installé au CHU de Guyane et présidé par le Dr Aude Lucarelli, médecin sur le site de Cayenne. Ses responsables ont lu avec attention les résultats du volet Outre-mer de l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF 2023). Le 28 mai, ils ont organisé une présentation des résultats aux membres. Le 22 juin, les membres du Coress de Martinique ont bénéficié d’un format similaire.

Pour le Dr Lucarelli, « il est important d’obtenir des données quantitatives et qualitatives pour confirmer ce que les acteurs de terrains remontent, prioriser les projets en santé sexuelle sur notre territoire et bien sûr évaluer les projets mis en place pas ces mêmes acteurs. Ainsi, CSF nous transmet des informations clefs pour orienter les prochains projets en santé sexuelle. Le rapport préliminaire donne des axes de travail. Nous souhaiterions approfondir dans un premier temps les données du territoire concernant les violences sexuelles, sur lesquelles travaille une stagiaire de master 2, et les grossesses non programmées (…) C’est le moment de regarder, dans chacun de nos territoires, ce qui est prioritaire. »

Le Coress a d’ores et déjà réalisé cette infographie intitulée « En Guyane, la contraception, ça donne quoi ? » Il rappelle ainsi que :

  • Les trois quarts des 18-29 ans n'utilisent pas de méthode contraceptive lors du premier rapport sexuel ;
  • Pour 7,2 % des femmes, la dernière grossesse n’était pas du tout souhaitée ;
  • Un quart utilise une méthode de contraception prescrite par un professionnel de santé.

Un moyen efficace de rappeler les grandes tendances aux acteurs et de faire passer les messages à la population.

Infographie réalisée par le Coress sur l’usage de la contraception en Guyane, à partir des données de l’enquête CSF

De nombreuses études en perspectives

Les prochaines années pourraient être riches en résultats à partir des données recueillies dans le cadre de l’enquête CSF Outre-mer. Les participants n’ont pas seulement répondu à des questions sur leur âge, leur genre, leur sexualité et leur santé sexuelle. Ils ont également indiqué leur niveau d’études, leur statut vis-à-vis de l’emploi, leur lieu de naissance, leur religion et l’importance qu’ils lui accordent. Ils ont précisé s’ils étaient en couple, quelle langue ils utilisent en famille ou encore comment ils perçoivent leur situation financière. Il sera donc possible de croiser ces données pour disposer d’une vision plus fine de la sexualité et de la santé sexuelle au sein de la population guyanaise.

« Dans l’Hexagone, le rapport général a été publié fin 2024 et les études complémentaires seront publiées en septembre », soit deux ans après, souligne le Dr Aude Lucarelli, présidente du Comité de coordination régionale en santé sexuelle (Coress). Astrid Van Melle, responsable d’étude au CIC Inserm 1424 Guyane Amazonie, justifie ce décalage entre le dévoilement du premier rapport et la publication d’analyses plus fines : « Nous aurions pu encore continuer d’étudier les données, mais il était frustrant de ne pas les publier de manière descriptive dans un premier temps. Nous avons souhaité les fournir rapidement aux acteurs. C’est un catalogue descriptif mais nous nous sommes dit qu’il n’était pas inutile de les sortir rapidement. »

« Nous allons creuser un peu toutes les thématiques, annonce la chercheuse. Un travail est en cours sur les violences sexuelles, en allant plus loin dans l’analyse des données. Comme à La Réunion, nous allons nous intéresser à la contraception et aux grossesses non souhaitées. Nous étudions aussi la possibilité d’étendre ce travail aux Antilles.

Parmi les nombreuses analyses à venir, Emmanuelle Rachou, directrice de l’Observatoire régional de la santé de La Réunion, estime que chaque territoire aura intérêt à se pencher sur les caractéristiques sociales : « Lieu de naissance, importance de la religion, niveau d’études, niveau socioprofessionnelle : ce sont des choses fondamentales en termes de déterminants de la santé »

Infographie réalisée par l’ORS La Réunion sur les personnes non hétérosexuelles, à partir des données de l’enquête CSF.
Pierre-Yves Carlier
La Lettre Recherche

Les Recherches du CHU :
Pionniers de l'Innovation en Santé

La Guyane est un territoire aux enjeux épidémiologiques spécifiques. Le CHU est un centre actif de recherche, en particulier dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique et de l’environnement tropical. Nous soutenons une dynamique de recherche partenariale, favorisant l’innovation, l’analyse des déterminants sociaux de la santé et l’amélioration continue des pratiques de soin.

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