CHU Guyane
Cayenne

Une lipoprotéine montre des spécificités chez les personnes diabétiques de Guyane

Plusieurs études, souvent menées dans des pays développés et principalement sur des populations caucasiennes, montrent un impact de la lipoprotéine (a) sur le risque de complications macrovasculaires, d’AVC ou d’angine de poitrine chez les personnes diabétiques. Ce n’est pas le cas dans la population multiethnique de Guyane.
01 July 2026
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Publié le 29 juin 2023,

Lorsque vous regardez les résultats de vos prises de sang, vous jetez peut-être un œil à deux lignes : LDL et HDL. Il s’agit de deux lipoprotéines, que l’on appelle souvent « le mauvais » et « le bon » cholestérol. Votre médecin vous a peut-être dit qu’avoir trop de « mauvais cholestérol » augmente le risque de problèmes cardiovasculaires (qui touchent le cœur ou les vaisseaux sanguins), d’être victime d’un AVC ou d’un infarctus. Vous risquez aussi davantage de souffrir d’hypertension artérielle ou de surpoids. En adoptant de saines habitudes de vie – manger des légumes, pratiquer une activité physique régulière, ne pas fumer, ne pas consommer de l’alcool de manière nocive – on les facteurs de risque cardiovasculaire.

Il existe une autre lipoprotéine qui influe sur le dépôt de cholestérol sur vos artères. Il s’agit de la lipoprotéine (a), que l’on abrège Lp(a). Plus on en a dans le sang et plus on risque d’être touchés par un infarctus ou un AVC. Or notre niveau de Lp(a) est principalement dû à des facteurs génétiques. C’est-à-dire qu’il est déterminé à notre naissance et qu’il est difficile de le modifier, même en changeant ses habitudes ou en prenant les médicaments contre le cholestérol. Le Dr Sabrina Dordonne (service d’endocrinologie et de maladies métaboliques à l’hôpital de Cayenne) et ses collègues ont voulu savoir si le taux de Lp(a) avait un impact sur les complications macrovasculaires (touchant les gros vaisseaux sanguins) des personnes diabétiques de Guyane.

Ailleurs dans le monde, des études ont montré que c’était le cas. Mais ces études ont souvent été menées dans des pays développés, dans une population différente de la population multiethnique de Guyane. Comme le taux de Lp(a) est principalement déterminé génétiquement, il était intéressant de vérifier si la situation dans la population de Guyane était la même. L’étude, réalisée à partir de 806 patients, montre que ce n’est probablement pas le cas : en Guyane, les personnes diabétiques ayant un niveau élevé de Lp(a) n’ont pas davantage souffert d’angine de poitrine, d’AVC ou d’artériopathie des membres inférieurs que les autres. Cette différence est sans doute liée à la composition ethnique différente de la population guyanaise.

En pratique, cela signifie que chez les personnes diabétiques de Guyane, le taux de Lp(a) qui entraîne des complications n’est pas le même que celui calculé dans les pays développés, explique le Dr Nadia Sabbah, cheffe du service d’endocrinologie et de maladies métaboliques à l’hôpital de Cayenne. « Il est nécessaire de trouver le seuil en Guyane oula cause génétique qui est responsable de cette différence. » Si les résultats de cette première étude doivent être confirmés par d’autres études, ils  incitent également à réaliser des études génétiques dans la population pour essayer de comprendre pourquoi l’impact d’un niveau élevé de la Lp(a) semble différent. Cette étude encourage aussi à continuer de suivre les personnes diabétiques : elles sont en moyenne plus jeunes qu’au niveau national, les complications macrovasculaires pourraient donc arriver plus tard.

Pour lire l’article : https://doi.org/10.1155/2023/8111521

Codiam : un outil unique de connaissance du diabète en Guyane

Imaginez une base de données de plus de 1 400 personnes souffrant de diabètes, pour lesquelles on connaît plus de 600 paramètres. Voici Codiam : Cohorte diabète en Amazonie française. C’est grâce à ces informations que les chercheurs peuvent mieux connaître les spécificités de la maladie en Guyane : Les diabétiques sont-ils plutôt des hommes ou des femmes ? Sont-ils plus jeunes ou plus vieux que la moyenne nationale ? Quel est leur type de diabète ? Quel traitement suivent-ils ? Quelles sont leurs autres pathologies ? Le diabète touche-t-il le public précaire de la même manière ? Comment évolue leur maladie ? C’est comme cela que l’on a découvert que les patients diabétiques de Guyane qui manquaient de vitamine D souffraient davantage d’angine de poitrine. C’est aussi grâce à cette cohorte que l’on a constaté qu’en Guyane, la maladie rénale chronique touche des patients diabétiques plus jeunes et plus obèses qu’ailleurs en France, mais qu’elle ne touche pas davantage les personnes précaires ou étrangères, contrairement à ce qui se passe dans de nombreux pays.

« Avec plus de 1 400 patients, cette cohorte représente 10 % des diabétiques de Guyane. Elle est donc très représentative »,souligne le Dr Nadia Sabbah. C’est très riche. Cela permet de connaître notre population, d’adapter notre prise en charge. Avec ces informations, je ne réfléchis plus pareil. C’est aussi attractif pour nos collègues : ils lisent nos articles et peuvent avoir envie de venir voir ce qui se passe ici. Ces informations permettent aussi d’orienter nos instances dans leurs actions de prévention. Nous sommes davantage écoutés lorsque l’on a des données factuelles. . Le Dr Sabbah espère désormais obtenir des financements complémentaires pour continuer le suivi des participants pendant quelques années. Dans tous les cas, les informations déjà en sa possession vont continuer d’être étudiées pour mieux connaître et mieux prendre en charge les personnes diabétiques de Guyane.

Les projets CODIAM, et l’étude ancillaire CCOVIDIAM, ont bénéficié du soutien financier de l’Agence Régionale de Santé Guyane, du Centre Hospitalier de Cayenne et des Fonds Européens Guyane (FEDER N°SYNERGIE GY0028017).

Pierre-Yves Carlier
La Lettre Recherche

Les Recherches du CHU :
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La Guyane est un territoire aux enjeux épidémiologiques spécifiques. Le CHU est un centre actif de recherche, en particulier dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique et de l’environnement tropical. Nous soutenons une dynamique de recherche partenariale, favorisant l’innovation, l’analyse des déterminants sociaux de la santé et l’amélioration continue des pratiques de soin.

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